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Après les Beatles, c’est au tour du film Les Tontons flingueurs d’avoir droit à une nouvelle jeunesse. Le film de Georges Lautner, sorti en 1963, ressort en version restaurée jeudi. Une bonne nouvelle pour les amateurs des répliques cultes qui ponctuent le film.
Cette nouvelle sortie est possible grâce au travail de «remastering» réalisé par des ingénieurs du son. «Restaurer une œuvre sonore n’est pas comme restaurer un tableau, où le but est d’être le plus proche possible de l’œuvre originale, explique-t-on au service de restauration de la phonothèque de l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Pour le son, le travail est subjectif. Il y a un filtrage humain et un filtrage technologique.»
La restauration est davantage une remise au goût du jour qu’une réédition en l’état. Les ingénieurs du son et de l’image travaillent en deux étapes. «La première étape est la sauvegarde, durant laquelle on récupère les données brutes d’un fichier. La seconde est la restauration à proprement parler, celle où l’on peut tout faire», ajoute-t-on à l’Ina. Soit recentrer les voix et instruments, jouer sur l’intensité des sons, gommer complètement ou atténuer les bruits parasites comme les crachements.
Pour l'image, la restauration doit davantage coller à la version originale. Le travail sur les couleurs, qu'il s'agisse de colorer des films tourner en noir et blanc ou de redonner un coup de jeune aux couleurs passées, le grain, les contrastes et la luminosité doit respecter la volonté du réalisateur sans céder à l'obsession de l'image propre. «On peut abîmer une oeuvre ou figer une image si on lui applique un traitement trop fort, expliquait Brigitte Dutray au site Evene, en octobre 2008. Alors qu'un va-et-vient permanent entre l'élément restauré et l'original permet de lui restituer toute sa réalité.»
En théorie, même le débit, le timbre de la voix et les fausses notes peuvent être corrigés par les logiciels. Reste que le but de la restauration n’est pas de recréer une œuvre. «Un son a ses caractéristiques et ses défauts. Après, tout dépend de ce que l’on souhaite garder, explique-t-on encore à l’Ina. On peut aussi choisir de laisser tous les défauts du fichier pour rester fidèle à l’original.» A condition que celui-ci ait été bien conservé.
Il existe une série de recommandations internationales pour les archives sonores, en matière de température et d’hydrométrie notamment, selon le support et le mode de fabrication de l’oeuvre.
Cette véritable science du son et de l’image a néanmoins ses faiblesses. «Avec le numérique, on perd en chaleur et en profondeur de champs», juge Jean-Marie Rodon, amoureux des films de répertoire qu’il programme dans ses salles de cinémas Action, à Paris.
A quoi sert ce dépoussiérage? Pour les Beatles, il s’agissait de «gagner en puissance sonore sans altérer l'essence des originaux» pour satisfaire les mélomanes. La restauration permet surtout de toucher un nouveau public, celui des générations qui n’ont pas pu découvrir les œuvres au moment de leur sortie. «C’est un travail de mémoire et de passerelle, estime Jean-Marie Rodon qui a parié dès la fin des années 1960 sur ce cinéma du passé. Le public de mes salles est très hétéroclite et constitué de 20% de moins de 26 ans.» Pari gagné.
Les Archives françaises du film, qui dépendent du Centre national du cinéma (CNC), veillent sur quelques 100.000 films. «Il s’agit essentiellement de longs et courts métrages de fiction et de documentaires, en majorité français, déposés par l’industrie cinématographique (producteurs, distributeurs, créateurs…), par des collectionneurs, ou au titre du dépôt légal», explique les Archives françaises sur leur site.