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La vie en vert

Les infos


Mails et recherches Internet ont un impact sur l'environnement
Spammer, googler, c'est aussi du CO2 émis et des ressources consommées: l'Ademe publie une étude sur l'impact des TIC, loin d'être anecdotique, et égrène plusieurs recommandations.

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Le WWF chiffre l'impact écologique de l'informatique

Cela fait presque 30 ans que l'informatique grand public est née et avec elle l'habitude de renouveler son matériel tous les 3 ans en profitant au passage d'une baisse de prix et d'une hausse des performances. Mais cette évolution programmée n'est pas sans conséquence sur l'environnement. Dans son récent Guide pour un écosystème responsable, le WWF nous livre les chiffres de notre insatiable soif de nouveaux gadgets.

Selon le WWF, la fabrication de 1 gramme de puce électronique nécessite 15 kg d'eau pure et 1 kg de diverses matières premières, soit un rapport ahurissant de 16 000:1 entre matières premières et produit fini. A l'échelle d'un ordinateur de bureau complet, le bilan est plus favorable puisque la fabrication d'un PC ne nécessite "que" 100 fois son poids en matières premières. Elle génère cependant 164 kg de déchets.

Le problème écologique est renforcé par la diminution de la durée d'utilisation d'un PC. Alors qu'elle était en moyenne de 10 ans il y a 25 ans, elle était de 6 ans en 1997 et de seulement 3 ans en 2005. Ce phénomène, lié à la gourmandise croissante des logiciels, cumulé à la progression du nombre de foyers équipés (en France le taux d'équipement augmente de 10 % par an) abouti à une explosion de la quantité d'ordinateurs à recycler. Or, les filières de collecte et de recyclage des déchets électroniques ne sont pas au point.

Selon le WWF, seulement 14 % des 370 506 tonnes de matériel informatique mis sur le marché entre 2006 et 2009 ont été recyclés.Ce sont ainsi des milliers de tonnes de produits polluants qui se retrouvent dans la nature. Outre la pollution, le manque de recyclage aboutit à un épuisement des ressources en métaux précieux nécessaires à la fabrication des composants. On estime qu'il y avait en 2005 500 millions de téléphones portables hors d’usage dans le monde qui contenaient « 7 900 tonnes de cuivre, 178 tonnes d’argent, 17 tonnes d’or, 7,4 tonnes de palladium et 180 kg de platine ». La situation est pire pour certains éléments encore plus rares « dont les gisements connus seront épuisés d’ici 2 à 30 ans ». Finalement, il fonctionne encore plutôt bien ce Nokia 3310...



La course aux minerais d'Afghanistan

L'Afghanistan est assis sur un pactole. Des réserves en minerais estimées à 1000 milliards de dollars. De quoi aiguiser les appétits de ses deux grands voisins : la Chine et l'Inde.
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Le WWF chiffre l'impact écologique de l'informatique

Selon le WWF, la fabrication de 1 gramme de puce électronique nécessite 15 kg d'eau pure et 1 kg de diverses matières premières, soit un rapport ahurissant de 16 000:1 entre matières premières et produit fini.

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Les femmes du Limpopo

Grâce à l’Hippo Water Roller, des milliers de femmes de la province du Limpopo transportent désormais 90 litres en un seul trajet. Mais dans le pays, l’accès à l’eau ne s’améliore que lentement depuis la fin de l’apartheid.

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Le naufrage du Congo

Il y a cinquante ans, la colonie belge accédait à l'indépendance. Depuis 1997, elle est devenue « République démocratique ». Aujourd'hui, en descendant le fleuve-mère, on constate que le pays est encore loin de la démocratie et de la prospérité.

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La muraille verte du Sahara
Une ceinture verte de 7 000 kilomètres pour contrer le sable ? C'est le projet porté par le président sénégalais Abdoulaye Wade. Une initiative vouée à l'échec selon Marc Bied-Charreton, président du Comité scientifique français de la désertification.

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Les 5 forêts sur lesquelles il faut miser
Parce qu'elles sont un atout pour lutter contre le changement climatique, les forêts du monde valent aujourd'hui de l'or. Mais certaines en valent davantage que d'autres.

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La plus grande centrale électrique à charbon de la planète sera en Afrique du Sud
La Banque Mondiale a voté l'octroi d'un prêt de 3,75 milliards de dollars à la société Eskom, notamment pour la construction de la centrale à charbon géante de Medupi
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Les brodeuses du Ningxia
Depuis 2007, l’association Femmes du Ningxia aide des brodeuses de cette province pauvre du nord de la Chine à transformer leur savoir-faire artisanal en activité économique viable.


« Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toute sa vie. » C’est à la lumière de ce proverbe vieux comme le monde que Femmes du Ningxia, une jeune association de solidarité internationale, a choisi de tracer sa voie.



Le Ningxia, c’est un peu le bout du monde, même pour les Chinois. Petite province musulmane située aux confins de la Mongolie intérieure, elle n’a pas vraiment été bénie par les dieux. Oubliés de la croissance économique chinoise, ses habitants touchent en moyenne 17 dollars par an et par foyer. Balayés sans relâche par les vents, ses sols ne sont pas fertiles, et privent souvent les paysans d’une partie de leurs récoltes. C’est en partageant, lors de leurs voyages, le quotidien des femmes du Ningxia, qu’Hélène Gronier et Perrine Lhuillier réalisent leur extrême dénuement. « Nous nous sommes dit que si l’on pouvait leur donner l’opportunité de développer une quelconque activité économique, ce serait génial. » Pour les aider, leur vient l’idée de s’appuyer sur le savoir-faire de ces femmes en matière de broderies. Adeptes des semelles, amulettes ou nappes brodées, les habitantes du Ningxia se transmettent depuis toujours leurs techniques, de mère en fille. L’association voit alors le jour, avec pour objectif de transformer ces brodeuses de salon en véritables entrepreneuses.

« Former les Fleurs »

Pour franchir la première étape - la création d’une structure -, Hélène et Perrine décident de passer par l’ONG chinoise Gung Ho, spécialisée dans la création et le suivi de coopératives. En octobre 2007, la coopérative « Les Cent Fleurs de Magaozhuang » est donc mise en place, sur le principe d’« un membre, une voix ». « Grâce à cette organisation, nous pensons contribuer au renforcement de la bonne gouvernance locale, à la sensibilisation au processus démocratique et à la valorisation de l’égalité des sexes », soulignent les deux comparses. Mais pour faire comprendre aux brodeuses que toute décision d’importance devait être approuvée par la majorité, voire qu’elles pouvaient s’opposer à l’avis de leur présidente, le travail fut long. La gestion est alors confiée à cinq femmes, réparties en un pôle comptabilité, production et qualité.



Pour transformer des paysannes en entrepreneuses, encore fallait-il les former. C’est d’autant plus vrai que beaucoup n’ont jamais été scolarisées. Après avoir récolté des subventions auprès de l’ambassade de France à Pékin et de la fondation RAJA-Danièle Marcovici (à Paris), Femmes du Ningxia commence à se lancer dans des sessions de formation en octobre 2008. Un an plus tard, les brodeuses ont amélioré leurs techniques, appris à répondre à des commandes, à s’approvisionner… Un consultant spécialisé dans le développement rural est même venu de Pékin pour leur fournir des bases en management.

Parallèlement, Tang’roulou, une marque de vêtements et accessoires pour enfants de Pékin, devient leur client historique. Suite à cela, 18 brodeuses opérationnelles ont reçu une formation intensive de trois semaines par une couturière professionnelle du Cosame (programme du réseau des Chambres de métier). « A l’issue de cette formation en septembre dernier, les Fleurs ont créé leur propre collection d’accessoires brodés avec l’aide de la couturière, elles ont vraiment fait du bon boulot », se félicite Hélène Gronier. Depuis, la coopérative s’est équipée d’un bureau-atelier de 50m2, et a surtout décroché un deuxième client : la boutique pékinoise Band Nu, qui vend des vêtements et accessoires produits par des coopératives rurales.

De fil en aiguille

Pour Femmes du Ningxia, le cap de 2009 est malgré tout difficile à passer, faute d’avoir pu convaincre de nouveaux sponsors. En quête de financements, la jeune association a quand même bénéficié de l’organisation d’une vente aux enchères à son profit lors du Gala de la Chambre de commerce de Pékin. Envoyées dans la capitale cette occasion, même si elles n’ont pas participé au gala, la présidente et les deux vice-présidentes de la coopérative ont endossé leur rôle de patronnes pour la première fois. « Elles ont rencontré des fournisseurs, l’ambassade, regardé dans les vitrines des magasins quels étaient les styles à la mode, acheté du tissu, des perles et des pierres », raconte Hélène Gronier.

Ce voyage a aussi été l’occasion de nourrir leur créativité pour leur permettre de fabriquer un prototype qui colle plus aux attentes du marché. L’an prochain, les Fleurs devraient être reliées au vaste monde grâce à un ordinateur offert par l’Alliance française, tandis que leur site Internet est en préparation. Et si tout se déroule bien en 2010, Femmes du Ningxia pourra alors peut-être penser à s’éclipser pour laisser les Fleurs s’épanouir d’elles-mêmes.

Le site de l'association

Source : http://www.terra-economica.info/Les-brodeuses-du-Ningxia,7792




L'Equateur innove avec le projet Yasuní
Alors que les négociations de l'après Kyoto entrent dans leur dernière phase avant Copenhague, l'Equateur fait un tour d'Europe pour promouvoir un projet inédit auprès des pays développés. Il s'agit pour le pays d'obtenir de leur part un cofinancement en échange de la non exploitation du pétrole de la région Yasuní, qui éviterait le rejet de 410 millions de tonnes de CO2.

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Signer pour sauver le parc Yasuni


Lueurs d'espoir en mer Baltique
L'état de la mer Baltique, l'une des mers plus polluées au monde, serait-il enfin en voie d'amélioration ? C'est l'impression qui ressort de l'analyse rendue publique début septembre par la section suédoise du WWF, qui s'inquiète depuis longtemps de sa santé.

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Une tour écolo pour China Tobacco
A Canton, les étages du nouveau siège de la Guangdong Tobacco s'empilent petit à petit. Son concepteur, le cabinet américain SOM, veut en faire la tour la plus économe en énergie du monde.
Lorsque la Guangdong Tobacco, filiale du premier cigarettier chinois China Tobacco, a demandé aux architectes de Skidmore, Owings & Merrill (SOM), de participer à un appel d'offres pour construire son nouveau siège social, SOM a d'abord refusé. " En tant que cabinet éco-responsable, nous ne souhaitions pas travailler avec un fabricant de tabac ", explique Silas Chiow, directeur de SOM China. Comme le chinois est revenu à la charge, SOM a fini par accepter en posant deux conditions : que la tour soit l'une des plus efficaces en énergie au monde et que les promoteurs s'engagent à respecter au maximum le cahier des charges. Voilà pour l'anecdote.

Prévue pour être livrée en 2010, la "Tour de la rivière des Perles" de Canton n'a rien d'un petit gabarit puisqu'elle s'étire sur 71 étages et 309 mètres. Ses architectes l'ont spécialement conçue pour incorporer des savoir-faire dernier cri en matière de technologies durables. La loi chinoise oblige déjà les nouveaux bâtiments à consommer 50% d'énergie en moins que ceux construits en vertu de standards établis en 1980. " Si un promoteur remplit en plus une série de critères "verts" définis au niveau local et national, il sera exempté d'impôts sur les bénéfices réalisés pendant les trois premières années ", précise Blandine Cantrel, avocat au cabinet Gide, à Pékin. Mais dans le cas de la Guangdong Tobacco, les incitations fiscales comptent sans doute moins que les bénéfices attendus en termes d'image. " Pour la municipalité, souligne Silas Chiow, c'est aussi une façon d'attirer des investisseurs, la tour se trouvant au cœur d'un nouveau quartier d'affaires. "

Technologies vertes à tous les étages
Au départ, SOM prévoyait de faire de la Tour Guangdong Tobacco un bâtiment à énergie positive, c'est-à-dire qui produit plus d'électricité qu'il ne lui en faut. Mais, le projet a été abandonné, la ville de Canton ne disposant pas des infrastructures nécessaires pour réinjecter dans le réseau l'électricité auto-produite.
De forme incurvée, la façade tournée vers les vents dominants, la tour a justement été conçue pour accélérer la vitesse de ces vents et les faire entrer dans deux fentes où des turbines ont été installées. L'électricité ainsi générée alimente les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation. En plus de l'aspect éolien, le bâtiment regorge de technos vertes, tel le système de refroidissement qui permet à l'eau de circuler au travers de conduits intégrés au plafond. Selon SOM, ce radiateur à air froid permet d'économiser l'équivalent de l'espace pris par 5 étages, par rapport à un bâtiment classique. Sur la façade, dont le revêtement externe permet de contrôler la réverbération du soleil, des panneaux solaires photovoltaïques ont été installés, tandis que des systèmes de réglage automatisés garantissent en interne une utilisation optimale de l'énergie.

Dans une interview à la BBC, Ame Englehart, directrice du bureau Asie du sud-est chez SOM, affirme que la tour est si "radicale" qu'elle n'aurait jamais pu être conçue ailleurs qu'en Chine. Ce que Silas Chiow explique en partie par la faiblesse des coûts de construction, qui permet de convaincre plus facilement les clients d'intégrer un certain nombre de technologies. Mais il faudra juger sur pièce pour vérifier que le cahier des charges a bien été respecté. Les cas de corruption [1] ont encore concerné près de 40% des projets de développement immobilier urbains au premier semestre 2009.

Le 02/11/2009, par HÉLÈNE DUVIGNEAU - terra-economica

Coca-Cola en quête de naturel
publié le 28/08/2009 - lexpress.fr

La marque d'Atlanta espère obtenir cet automne des autorités françaises l'autorisation d'utiliser pour ses sodas et jus de fruits un édulcorant naturel, issu d'une plante d'Amérique latine,
la stevia. Le produit a déjà obtenu le feu vert de la Food and Drug Administration, aux Etats-Unis, en 2008. Avantage: il peut remplacer l'aspartame (artificiel) ou contribuer à diminuer le taux de sucre de certaines boissons. La France serait le premier pays européen à l'autoriser.

Comprendre la taxe carbone
En 2007, à la veille de l’élection présidentielle, Nicolas Hulot a remis la taxe carbone au goût du jour avec son Pacte écologique. Reprise sous l’appellation de "Contribution Climat-Énergie" (CCE) dans le Grenelle de l’environnement, elle est aujourd’hui résumée dans un Livre blanc ouvert à la consultation. Si son objectif est partagé par tous (ou presque), son champ d’application, son mode de calcul et ses outils de compensation sont encore largement débattus.
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Le préservatif vert ?
De plus en plus de marques sont émoustillées par le créneau de la capote verte. Les mastodontes du secteur préfèrent, eux, vanter leur latex 100?% naturel. Mais cela ne suffit pas à en faire un produit écolo, loin s'en faut.

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Les bateaux se cachent pour mourir
En 2006, les mésaventures du " Clemenceau " avaient mis en lumière la jungle des chantiers de démantèlement indiens. Carcasses entassées, côte sinistrée, ouvriers sans protection face à l'amiante… Qu'en est-il aujourd'hui ? Reportage en Inde dans une zone interdite.
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La balle de tennis
Sur le court central de Roland-Garros, la sphère jaune file comme l’éclair. Mais il faudra 2?500 ans pour que Dame Nature digère son caoutchouc.

Rafael Nadal aime la planète. La preuve ? Il s’échine à expédier ses matchs, utilisant ainsi un minimum de balles. Lors de la finale de Roland-Garros en 2008, 22 jeux ont été disputés, nécessitant seulement deux changements de balles. Un vrai geste écolo quand on sait que Mère Nature digère mal le caoutchouc. Celui utilisé pour fabriquer les balles de tennis peut persister dans l’environnement jusqu’à 2?500 ans. Joueurs du dimanche, vous avez bien lu : il faut 25 siècles pour venir à bout de chaque petite sphère de 53 grammes égarée dans le jardin du voisin ! Les balles de compétition, elles, se réutilisent en entraînement, puis pour les initiations dans les écoles de tennis. Et après un à deux ans d’une existence frappée, elles finissent leur vie à l’incinérateur.


Ce destin est partagé par les 14 millions de balles vendues chaque année en France. « Cette consommation effrénée sans que rien ne soit mis en place pour un éventuel recyclage » vaut au tennis d’avoir été classé, en 2007, cinquième sport le plus polluant par le magazine Sport et Vie. [1]

Cadeaux aux associations
La Fédération française de tennis (FFT) se devait donc de réagir. L’an passé, elle a ainsi profité des Internationaux de France pour lancer l’Opération balle jaune. Objectif : récupérer 40 000 balles usagées dans sept ligues pilotes dans un premier temps, puis dans les 36 ligues nationales. Mais avant de se lancer, la FFT devait tout de même vérifier que le jeu en valait la chandelle. Autrement dit : les balles jaunes sont-elles recyclables et que peut-on en faire ? Arnaud Louveau, responsable Equipement et recherche de Labosport, un laboratoire de certification d’équipements sportifs, a dirigé l’étude : « Comme on ne refait pas des balles avec des balles, il fallait trouver une filière de valorisation pour ce matériau. Nous avons identifié que le même type de caoutchouc de très haute qualité est utilisé pour fabriquer des pneumatiques et des sols sportifs. » Alors va pour les pistes d’athlétisme, les revêtements de gymnase… Et puisque la FFT veut allier écologie et action sociale, ceux-ci seront offerts à des associations. Restait à trouver des partenaires pour assurer la chaîne de recyclage.

Premier set : le transport. « Une société de valorisation des déchets, Coved, a accepté d’assurer la logistique du recyclage des balles usagées gratuitement », se félicite Gaël Bonnaire, responsable Equipement, et cerveau de l’Opération balle jaune.

Deuxième set : le broyage en granulats. Recam, un recycleur de pneus, produit les granulats dans son usine de Nouan-le-Fuzelier, près d’Orléans, à l’œil également. « Broyer les 40 000 balles d’une ligue représente à peine une demi-journée de production », détaille Gaël Bonnaire. Pas grand-chose donc au vu du bénéfice médiatique que rapporte ce petit service.

Troisième set : la transformation. Direction Amiens cette fois, où EnviroSport modèlera les sols sportifs à partir des granulats. Fin mai, juste avant le début de Roland-Garros, la FFT devait ainsi remettre sa première livraison au centre de rééducation d’enfants handicapés à Voisenon, en Seine-et-Marne. Dans ce département, la ligue a récolté, la saison dernière, 51 000 balles qui ont été utilisées pour la réalisation d’un revêtement de 112 m2. Soit la surface d’un demi-terrain de tennis environ : un maigre résultat. « L’Opération balle jaune a une rentabilité écologique difficile à justifier, notamment à cause du transport », avoue Arnaud Louveau, de Labosport. Pour que son bilan CO2 passe au vert, il faudrait, selon lui, récupérer environ une balle sur quatre mise sur le marché français. « Mais même si l’on est loin du compte, ce projet est un gage de bonne volonté de la part de la Fédération. Et question caoutchouc, les balles de tennis ont un impact négligeable comparé aux pneus », relativise-t-il.



Destination Pattaya
Pourquoi ce parallèle ? C’est que pneumatique et balle de tennis sont de la même trempe caoutchouteuse. Leurs industries ont donc tout intérêt à se rapprocher. C’est le cas à Pattaya, en Thaïlande, où le français Major Sports a implanté une usine, en s’associant à Bridgestone, le spécialiste des pneus. Ce dernier fournit l’usine en matière première, explique Laurent Blary, chef de produit chez Major Sports : « Le caoutchouc, qui mélange du naturel et du synthétique, arrive déjà pétri et additionné des solutions nécessaires. » Des produits chimiques ? « Secret industriel », rétorque-t-il.

C’est dans l’usine de Pattaya que les différents éléments de la balle sont formés et assemblés. La matière première est découpée et disposée dans des presses pour concevoir des demi-coques. Mais qui dit découpe, dit chutes. « Il n’y a que 2% de rebuts. Nous réfléchissons cependant à la manière dont nous pourrions les réutiliser », indique Laurent Blary. Une fois les demi-sphères moulées reste à les réunir. Avec de la colle chimique ? « Secret industriel », brandit-il encore.

Mais question feutre, « monsieur Secret industriel » se montre plus prolixe. On apprend qu’il s’agit d’un mélange de fibres « naturelles » de coton et de laine, « donc de meilleure qualité », produit par des manufacturiers anglais et américain, et appliqué sur les balles à la main par les employés locaux. « C’est un travail minutieux et difficile pour lequel on ne trouverait pas de main-d’œuvre en Europe, justifie Laurent Blary. Et notre personnel bénéficie ici des meilleurs niveaux de salaires. »

Voyage sur les océans
A Pattaya, les 360 employés de l’usine fabriquent 30 millions de balles par an. Trop volumineux pour prendre l’avion à des coûts raisonnables, le produit vogue vers les marchés européen et japonais de Major Sports par bateaux. Il sera vendu sous la marque Tecnifibre, qui représente « un peu moins de 20% » du marché de l’Hexagone, le troisième derrière celui des Etats-Unis et du Japon. Il y a trois ans, avant que la FFT remette en jeu la licence, Major Sports réalisait encore les prestigieuses balles griffées Roland-Garros. L’an dernier, c’est avec des produits Dunlop que Rafael Nadal a renversé le roi Federer.

[1] Cette évaluation du magazine a été effectuée sur des critères qualitatifs.

Le programme environnemental de la Fédération française de tennis

La deuxième vie des boîtes de balles de tennis
Elles sont moins voyantes que les petites balles jaunes qu’elles contiennent. Mais quel sort est réservé à ces cylindres de plastique ou de métal ?

L’Opération balle jaune de la Fédération française de tennis (FFT) recycle les balles. Mais qu’en est-il des boîtes ? « Cela aurait eu un intérêt financier non négligeable, mais nous avons écarté la possibilité de récupérer les emballages », répond Arnaud Louveau, de Labosport, le laboratoire de certification d’équipements sportifs qui a réalisé l’étude de faisabilité. Les contenants en aluminium sont volumineux et lourds. Une boîte équivaut à 50 canettes de soda. Leur transport coûte donc cher. « Par ailleurs, la collecte sélective offre déjà la possibilité de récupérer les produits en aluminium », ajoute-t-il. Ressource finie, ce métal a l’avantage de pouvoir se recycler de très nombreuses fois sans perdre ses propriétés physiques. Encore faut-il qu’il soit jeté dans le bac réservé aux produits à recycler. Quant aux boîtes plastique, en général utilisées pour les balles d’entrée de gamme, elles sont composées de PET, comme les bouteilles d’eau, donc… recyclables.



Le bio est-il réservé aux riches ?
Le bio prend ses aises dans les étals de marchés et de supermarchés. Pourtant, dans nos Caddies, il reste réduit à la portion congrue. La faute à son prix élevé, selon 75?% des Français.
« Terra eco » a pris son cabas et sa calculette, mais est allé voir plus loin que les étiquettes.
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Bio?/?Conventionnel : les secrets de fabrication
Au banc d’essai, un petit-beurre, une pâte à tartiner, un yaourt, un hachis et un jus de pomme. Tous bio… et tous plus chers que leur équivalent conventionnel. Du champ au magasin, nous avons cherché à savoir pourquoi.
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Le Népal et ses bombes à retardement
Les glaciers de l’Himalaya fondent à vue d’œil. Les digues naturelles des lacs d’altitude frôlent la rupture. Et les habitants des vallées vivent sous la menace de torrents en puissance.

Situé à 4?410 m d’altitude, en aval de l’Imja, Dingboche est aux premières loges : le village s’étend sous le lac glaciaire le plus dangereux de la chaîne de l’Himalaya, au Népal. C’est là que vit Dorje Sherpa. Quand on scrute son visage parcheminé, on y lit l’érosion des montagnes, les sillons creusés par la mousson, les hivers glacés. Et un halo, celui des nuages dans lesquels il a passé quatre-vingt-quatre années. Aux questions, le doyen du village répond par d’autres interrogations : « Le risque d’explosion de l’Imja ? Si Dieu lui-même ne sait pas, comment pourrais-je, moi, le deviner ? »


Car ici, tout peut basculer. Le lac Imja est une bombe à retardement. Dans ce réservoir rempli à ras bord, la chute d’un morceau de glacier provoquerait une vague d’une telle force qu’elle pourrait briser la moraine. Ce rempart fait de débris de la montagne est en effet assez friable. Des millions de mètres cubes d’eau charriant des pierres, des troncs d’arbres, des débris et de la boue risqueraient alors de dévaster la vallée. Des familles, des maisons, des troupeaux de yacks, des cultures, des ponts et des pistes de trek seraient emportés par des torrents d’eau glacée.

« Aucun respect des dieux ! »

L’Imja domine le Khumbu, la vallée la plus peuplée de ce pays enclavé entre la Chine et l’Inde. Quelque 5?000 sherpas y vivent. C’est la plus touristique aussi, grâce à ses pistes de trek qui mènent à l’Everest. Plus de 25?000 étrangers les empruntent chaque année. Le village, parsemé de petites fermes et de lodges – ces abris en pierres sèches – et encerclé de champs d’orge et de pommes de terre, rassemble plus d’une centaine d’habitants. On y accède après quatre jours de marche depuis une minuscule piste d’atterrissage aménagée à flan de montagne, à 2?840 m d’altitude. Quatre jours à croiser des cerfs et des stupas, ces belles constructions bouddhiques en terre de forme arrondie.

A l’entrée du village se dresse un dortoir abritant, pour la saison, huit forçats de la montagne, des casseurs et des porteurs de pierres au salaire aussi maigre que leurs jambes. Angat Bahadur Rai, le propriétaire, se tient face à un poster, unique décor de la pièce. « J’ai accroché cette affiche parce que je trouvais que cela faisait joli. Regardez : la montagne avec la neige. Et dans le coin, le soleil, avec ses rayons qui tombent vers la terre. Et puis, en bas, la rivière et les arbres. » Angat Bahadur Rai lit le titre du poster : « Changement climatique ». Deux mots qui ne trouvent un écho ni chez lui ni ailleurs dans la vallée du Khumbu.

« Si la neige et la glace fondent, c’est parce qu’il y a trop de touristes qui viennent ici pour grimper le plus haut possible dans un esprit de compétition, sans aucun respect pour les dieux de la montagne. Alors, ces derniers se mettent en colère et provoquent des inondations », avance ainsi une infirmière croisée sur les chemins de la vallée, ignorante elle aussi de l’état fiévreux du globe. Mais comment établir un lien entre le réchauffement climatique et le risque de débordement des lacs glaciaires quand on habite une région aussi reculée ?


Une odeur horrible

Les sherpas, pourtant, observent tous depuis plus d’une vingtaine d’années de profonds changements dans leurs montagnes. Trois lacs glaciaires ont explosé dans un passé récent. La catastrophe la plus grave a eu lieu le 4 août 1985. Après un mois de juillet exceptionnellement doux, un énorme bloc s’est détaché du glacier Dig Tsho et a plongé dans le lac déjà gorgé d’eau à cause de l’abondante fonte des glaces. Sous la pression, la moraine a cédé. Entre 6 et 10 millions de mètres cube d’eau ont déferlé dans la vallée. Cinq personnes ont alors trouvé la mort : un miracle compte tenu de l’ampleur du phénomène. Dans le monastère de Thame, Urgun Tsultrem, une nonne drapée de tissus ocre et pourpres, garde cette image en mémoire : « J’ai vu l’eau couler sous le ciel. »


A Ghat, un autre village de la vallée, Penpighen Rai, jeune propriétaire d’une gargote, se souvient elle aussi : « J’avais 8 ans au moment de l’explosion du Dig Tsho. J’étais en train de dormir. On a senti la maison secouée par des tremblements. Nous sommes sortis avec ma petite sœur et mes parents. Sous la lune, on a vu la rivière énorme. L’odeur était horrible, un mélange de bouses de yacks et de pierres brûlées. Et le bruit : " Dudududu ", comme des pales d’hélicoptère. On s’est réfugié dans la forêt. On pleurait. »

Afin de sécher leurs larmes, les habitants de la vallée ont inventé une légende. Celle d’un chien qui aurait pénétré dans la maison d’un gardien de yacks afin d’y voler du fromage. Furieux, le berger l’aurait tué puis jeté dans le lac, provoquant la colère du dieu du Dig Tsho pour avoir sali l’eau. Dans l’esprit des sherpas, originaires du Tibet qu’ils ont quitté il y a cinq siècles avec leurs croyances bouddhistes, chaque lac, chaque pic, chaque glacier, chaque pierre est protégé par une divinité.



Et même si certains ont entendu parler du réchauffement de la planète, les dieux ne sont jamais loin : « Je ne sais pas qui est responsable du changement climatique, s’interroge Tenzing Tashi Sherpa, travailleur social dans le village de Khunde. Les gens comme vous, habitants des pays riches ?! En tout cas, pas nous : nous sommes très propres avec la nature. Si vous faites beaucoup de pollution avec vos usines, le climat va se réchauffer et les dieux ne seront pas contents. »

200 lacs au bord de la rupture

Il faut quitter ces montagnes et rejoindre Katmandou pour rencontrer des Népalais qui travaillent sur le lien entre l’enfièvrement de la planète et ces montagnes « autrefois blanches qui deviennent noires, mortes ». Sandeep Chamling Rai est responsable du programme Changement climatique du WWF. Il est l’un des auteurs d’un rapport réalisé avec le Programme des Nations unies pour l’environnement : « La fonte accélérée des glaciers est le principal indicateur du réchauffement climatique. Les glaciers de cette chaîne font partie de ceux qui se réduisent le plus vite. On estime à 200 dans le monde, dont 20 au Népal, le nombre de lacs glaciaires qui risquent de se gorger d’eau et d’exploser, menaçant les habitants des vallées. »

Les chercheurs du Centre international de mise en valeur intégrée des montagnes (Icimod) parviennent à la même conclusion : « Le danger guette, mais il est difficile de dire quand les lacs se rompront et de quelle ampleur seront les inondations. Seule certitude, si le lac Imja explosait à son tour, les conséquences seraient encore plus terribles que celles constatées lors du débordement du Dig Tsho, prévoit ainsi Pradeep Mool, expert en télédétection des glaciers. Ce lac est six fois plus gros que le Dig Tsho, et couvre une surface de près d’un kilomètre carré pour un volume de 35,8 millions de mètres cube. Quant au glacier Island Peak qui alimente le lac, son recul atteint 74 mètres par an. »

Pour transmettre ces informations aux sherpas, le WWF a chargé un de ses membres d’organiser des ateliers de sensibilisation. Depuis le printemps 2007, Dil Bahadur Margar sillonne à pied la vallée du Khumbu et ses écoles : « Ces rencontres sont un premier pas contre le réchauffement climatique. Il est essentiel que les gens sachent contre quoi ils doivent lutter. » Dans l’école de Phakding, un village en bas de la vallée, une jeune fille de 14 ans en uniforme – jupe bleue plissée, pull rouge, chemisier blanc – et médaillon du dalaï-lama autour du cou, pénètre dans sa salle de classe où Dil Bahadur Margar attend. Au mur, est punaisé le poster édité par le WWF sur le changement climatique avec ses montagnes encore enneigées… Pour combien de temps ?

LES FLEUVES D’ASIE BIENTOT A SEC ?

A court terme, la fonte accélérée des glaciers de l’Himalaya va augmenter le débit des fleuves provoquant parfois de graves inondations. Mais à long terme, c’est l’effet inverse qui se produira. Selon un rapport du Centre international de mise en valeur intégrée des montagnes (Icimod), le « château d’eau du monde » risque de se tarir. Plus du tiers des 15?000 glaciers de l’Himalaya seraient menacés de disparition d’ici à 2050. Or, les glaces et les neiges de l’Himalaya alimentent neuf des plus grands fleuves d’Asie, dont l’Indus, le Mékong ou le Yang-Tsé, et fournissent de l’eau à environ 1,3 milliard de personnes. A titre d’exemple, la fonte de la neige et de la glace de l’Himalaya contribue, à 70?%, à l’alimentation du Gange en saison sèche. En 2007, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) a placé au premier rang des conséquences du réchauffement climatique, les difficultés d’approvisionnement en eau liées à la fonte accélérée de la plus importante réserve d’eau douce mondiale.

Source : terra-economica



Le lac Tchad touche le fond
En quarante ans, la vaste réserve d’eau douce du Sahel a perdu 90 % de sa surface. Ce qu’il en reste se transforme en marécages. Résultat : les poissons se font rares, l’eau est imbuvable et les pêcheurs raccrochent les filets pour les plants de manioc et de patates.

Ici, patiemment, les hommes récupèrent le fer des carcasses de bateaux rouillés, vestiges d’un passé pluvieux. En quarante ans, la quatrième plus grande réserve d’eau douce du continent africain est passée de 25 000 à 2 500 km2. Hier à cheval sur quatre Etats, le lac Tchad ne baigne plus que les frontières du Tchad et du Cameroun, privant le Nigeria et le Niger de leur accès à l’eau. « Avant, se souvient Didina Diathé, un pêcheur tchadien, quand nous allions vendre notre poisson au Niger, nos pirogues débarquaient leurs cargaisons sur les côtes de ce pays. Désormais, comme il n’y a plus d’eau, ce sont les camions qui viennent à notre rencontre. » Puisque les hommes n’ont pas de prise sur la pluie, ils partent en quête d’un ciel chargé de nuages. En vain.


Selon l’Unesco, « de nombreux facteurs menacent l’intégrité du lac Tchad : les changements climatiques qui se traduisent par une plus faible pluviométrie, l’évaporation due aux températures élevées et la succession de périodes de très forte sécheresse. Cet assèchement progressif est l’exemple le plus spectaculaire des conséquences des modifications du climat en Afrique tropicale ». Et les victimes sont multiples, comme l’observe Jacques Lemoalle, de l’Institut de recherche pour le développement et spécialiste du lac Tchad : « Dans cette région, les pêcheurs, les éleveurs, mais aussi ceux qui viennent cultiver dans les fonds du lac, sont des réfugiés climatiques. »


Le lac TCHAD en 1972 ------- Le lac TCHAD en 2001

« C’est Dieu qui a créé le lac »

Muni de sa machette, Moussa Gao, un pêcheur nigérien, assène un coup fatal à une carpe frémissante et ruisselante. Puis il la transperce d’un bâton de bois et la dépose sur une bâche pour qu’elle sèche. Autour, l’air est brûlant. Des petites taches brunes parsèment son visage et ses mains dont la peau a fini par prendre le même aspect desséché que ses poissons. « La vie est dure ici et pourtant, je ne dois pas me laisser abattre, lâche-t-il, comme s’il cherchait à se convaincre. C’est Dieu qui a créé le lac et il ne faut jamais se décourager face à une création de Dieu. » Ne pas se décourager. Même si la vie devient survie. « J’ai quitté le Niger il y a seize ans. J’étais éleveur. Il n’y avait plus assez d’eau dans le lac pour faire pousser du fourrage sur la rive et nourrir les bêtes. Je suis donc venu m’installer sur l’île de Blarigui dans les eaux tchadiennes. J’y ai appris le métier de pêcheur sur le tas. Mais depuis quelques années, je trouve beaucoup moins de poissons dans mes nasses. A 60 ans, je pense finalement repartir dans mon pays, où j’ai laissé ma femme et mes cinq enfants. »

Des îles de papyrus et de roseaux

Allongé à l’ombre sur sa natte colorée, au seuil de l’unique maison de l’île bâtie en dur, Al Hadjil Kanë, le chef de village, égrène ses souhaits au même rythme que les grains de son chapelet, qu’il tient bien serré dans sa main calleuse : « Nous manquons de tout à Blarigui. J’ai besoin de puits pour que les 500 habitants puissent boire de l’eau propre, d’un dispensaire et d’une école. » Assis à ses côtés, Babanguida Chari, le représentant du Mouvement patriotique du salut, le parti d’Idriss Deby, le chef de l’Etat, s’en remet à « l’homme blanc » : « Après Dieu qui a tous les pouvoirs, c’est au “ nassara ” d’intervenir. Comme ça, l’eau reviendra. »

Mais ces dernières décennies, ce sont surtout les plaies qui se sont manifestées dans cette zone du Sahel. Le fleuve Chari, qui assure 90 % de l’alimentation du lac, y déverse un volume deux fois moins important que dans les années 1960. Deux sécheresses, en 1972 et en 1984, ont durement frappé la région. Parallèlement, le bref retour des pluies à la fin des années 1980 a transformé le lac en une vaste zone marécageuse, l’eau ayant permis aux graines de germer. Conséquence : des îles de papyrus et de roseaux ont éclos un peu partout. Samuel Ngargoto, un pêcheur de 35 ans, en appelle, lui, au ciel : « Il faut que Dieu fasse un miracle parce que vivre sur ce lac, c’est trop de souffrance. Non seulement les poissons sont plus petits, mais ils sont aussi moins nombreux. Comme le lac se transforme en marécage, le capitaine, un poisson noble qui se vend cher au marché, devient très rare. On n’arrive pas à compenser cette perte avec les autres espèces, comme les carpes ou les poissons-chats qui, eux, ont réussi à s’adapter, mais qui ne valent pas grand-chose. »

Quand il part relever ses nasses, Samuel se munit d’un long bâton pour se frayer un chemin entre les roseaux, les papyrus et les lagunes végétales qui prolifèrent. Souvent, l’homme doit descendre pour pousser sa pirogue envasée. Depuis le rivage, on l’aperçoit tel un mirage : même à des kilomètres du bord, il a toujours pied. A l’évaporation de l’eau, en moyenne 2,10 m par an, et à la diminution de la pluie, moitié moins abondante qu’avant 1970, s’ajoute une autre calamité : celle de l’état trouble de l’eau dû à son très bas niveau. « Dans les années 1960, le lac était profond de 6 m en moyenne. L’eau était claire. Aujourd’hui, la mousson est plus faible. Elle arrive de plus en plus tard, en juin. Du coup, la hauteur n’atteint plus, par endroits, que 1,50 m. Et la vase la rend impropre à la consommation », témoigne ainsi Koundja Mbatha, topographe à la Commission du bassin du lac Tchad.


Un mélange âcre, rance et fermenté

En « attendant » que l’eau revienne, les familles des pêcheurs remplissent leurs jarres dans le lac et boivent ce liquide qui les « diarrhe ». Les mamans accrochent des gris-gris autour du cou de leurs petits pour chasser les maladies infantiles, rougeole et varicelle. Et à partir de 5 ans, les garçons partent avec leurs pères sur de longues pirogues aux peintures écaillées afin de pêcher puis de vendre leur maigre butin au marché du dimanche. La veille, des grappes d’hommes ont débarqué par centaines sur l’île. Les liasses de nairas, la monnaie du Nigeria utilisée partout sur le lac, gonflent alors leurs poches élimées. Certains font une halte dans la gargote de Zara Mahamat. Au menu : du poisson accompagné de riz ou de légumes cuits dans de grosses marmites en fonte, au-dessus desquelles volent les mouches.


« Quand je suis arrivée sur l’île il y a quatre ans, se rappelle-t-elle, je me suis installée juste au bord du lac. On mangeait presque les pieds dans l’eau. Et regardez maintenant, il s’est retiré à plus de 100 m ». Quand la nuit tombe, après quelques minutes de noir profond, les générateurs se mettent en route, peuplant le silence de leurs bruits mécaniques. Des lampes torches s’allument. Des feux crépitent. Des musiciens chauffés par l’alcool de maïs frappent sur les percussions. Des pêcheurs dansent et « ambiancent ». Au petit matin, sous des abris provisoires de paille, à côté des pyramides de savon, de piles et de sel, s’entassent des sacs de carpes, de poissons-chats, de silures et de sardines frais, séchés ou fumés. Pêchés de façon artisanale, le plus souvent avec des barrages de nasses ou des filets. De ces étals émane une odeur âcre, rance et fermentée à laquelle se mêlent celles de l’eau putride du lac et des troupeaux de chèvres efflanquées.

Pour les riverains du lac victimes de la faim, l’espoir pourrait venir de la spiruline, algue bleue-verte qui doit son nom à sa forme de spirale. Consommée depuis des siècles par les Kanembous, une ethnie de la zone, c’est un remède efficace contre la malnutrition et les carences alimentaires grâce à son exceptionnelle teneur en protéines : celles-ci représentent plus de la moitié de son poids. Elle est riche aussi en bêtacarotène, fer, calcium ou encore magnésium. Et surtout, c’est l’une des rares espèces à vivre dans des eaux chaudes, peu profondes et saumâtres… comme celles du lac Tchad aujourd’hui.

Un demi-hectare par famille

Vingt-deux millions de personnes vivent dans le bassin du lac et environ 300 000 habitants des quatre pays riverains tirent, directement ou indirectement, leurs revenus de la pêche. Pour les aider, le gouvernement tchadien a, au lendemain de la première grande sécheresse, en 1972, créé une structure d’Etat chargée de l’aménagement du lac : la Sodelac. Le siège est situé à Bol, le plus important village des rives tchadiennes. Depuis N’Djamena, la capitale, on y accède après un périple d’une journée de pirogue ou huit heures de piste sableuse creusée de nids-de-poule. La principale réalisation de la Sodelac fut l’agencement d’un polder d’une surface de plus de1 800 hectares. « Ces terres sont très fertiles parce que riches en matières organiques », précise Djerakoubou Dando, chargé de la mise en valeur de ce projet. Chaque famille a reçu la moitié d’un hectare. En échange d’une partie de leur récolte, elles peuvent y réaliser de la culture de décrue. Sur cette terre gagnée poussent désormais du manioc, des patates douces, des carottes ainsi que des choux.

Source : terra-economica




L’ampoule à LED
L’éclairage électronique a la réputation d’être économe en énergie, donc très propre. En réalité, les diodes peinent à endosser l’habit de lumière.


Première étape : travailler l’apparence

Au rayon éclairage, l’ampoule à LED joue à cache-cache. La loupiote à diodes électroluminescentes, jeunette sur le marché, n’a pas encore trouvé le culot de détrôner ses voisines. De fait, la petite dernière des ampoules basse consommation ne fait pas recette pour le moment : « Les ventes d’ampoules à LED pour l’éclairage domestique sont difficiles à mesurer, parce qu’elles sont très disparates, indique Pierre-Yves Monleau, de l’Association française de l’éclairage (AFE), mais il est certain que ce sont des broutilles sur les 250 millions d’ampoules vendues en France chaque année. »

Et celles à LED disponibles pour la maison seraient, selon Pierre-Yves Monleau, « atroces ». Le rendu de la couleur blanche, plutôt froid, donnerait une mine cadavérique. Et gare à l’effet « chambre mortuaire » car côté puissance d’éclairage, la LED rivaliserait… avec la veilleuse. Georges Zissis confirme : « Vous risquez d’être fortement déçue, explique ce chercheur spécialisé dans les sciences de la lumière à l’université de Toulouse. D’autant que ce type d’ampoule coûte trois à quatre fois plus cher qu’une fluocompacte. » Comptez ainsi une douzaine d’euros sans parler du réhausseur de teint !

Pourtant, sur le papier, les performances de l’ampoule à LED font pâlir de jalousie toutes ses voisines. Une durée de vie de 50?000 heures minimum, soit cinq fois plus qu’une fluocompacte. Côté efficacité énergétique, elle affiche un flatteur 40?% quand une ampoule à incandescence ne convertit en lumière que 5?% de l’énergie électrique qu’elle consomme.

Enfin, les LED possèdent un rendement lumineux supérieur à toutes les technologies existantes. Pour un seul watt consommé, les meilleures sur le marché fournissent un flux lumineux de 100 lumens (lm), et ce n’est qu’un début selon les fabricants. Les « fluos », elles, vivotent entre 60 lm/W et 100 lm/W. Quant aux antiques ampoules à incandescence, elles stagnent de 12 lm/W à 20 lm/W. Trop gourmandes en énergie, ces dernières sont d’ailleurs condamnées par Bruxelles à s’éteindre dès septembre 2009. Place donc aux éclairages écolos. Place aux fluos. Place aux LED !

Deuxième étape : muscler ses performances
Au vu de ses exceptionnelles qualités, imaginez les économies d’énergie que les ampoules à LED permettraient de réaliser. « Si les Etats-Unis remplaçaient la moitié de leurs ampoules actuelles par des LED, ils pourraient fermer 16 centrales nucléaires », s’enthousiasme un mensuel scientifique. « Mais le pays perdrait 70?% de sa luminosité. On ne le verrait même plus du ciel, remarque Georges Zissis. Pour garder le même niveau d’éclairage, il faudrait multiplier les LED. Au final, ce sont de nouvelles centrales qu’on devrait ouvrir… »

Pourtant, on nous avait fait miroiter que les ampoules à LED affichaient un meilleur rendement lumineux. Sur le papier, certes… mais en conditions réelles, elles ne tiennent pas toutes leurs promesses. « Une LED requiert une alimentation adaptée et de qualité, sans quoi ses performances sont fortement dégradées », lit-on sur le site spécialisé de Benjamin Monteil, un ingénieur accro aux LED. « Des 50?000 heures de durée de vie promises, on peut tomber à 2?000 lorsque le système est vraiment mal intégré », insiste Georges Zissis.

De plus, les LED apprécient la fraîcheur. Alors, à moins de conserver la lampe au frigo, le rendement lumineux « exceptionnel » dépassera rarement les 40 lm/W. Et comme ces diodes ne fonctionnent qu’à des puissances faibles, 7 W en moyenne, cela donne un flux lumineux de 280 lm contre 720 lm pour une ampoule à filament de 60 W. Au final, deux LED éclairent moins qu’une incandescente ! « Les LED constituent une très bonne technologie, mais elles ont encore du chemin à faire. Il ne faudrait pas que des fabricants peu scrupuleux lui barrent la route en décevant les consommateurs avec des produits médiocres », avertit Georges Zissis.

Etape 3 : devenir toute propre
Si les LED font pâle figure à l’utilisation, elles virent au bleu pétrole en phase de production. Car ces diodes sont constituées de semi-conducteurs dont la production s’avère « plus gourmande en énergie que celle des lampes classiques », précise le chercheur toulousain. Et pour doper les performances du silicium, matière première de cette industrie, on y ajoute de l’indium, un métal dont les dérivés sont dangereux pour la santé des employés qui le manipulent. « J’ose espérer que les précautions nécessaires sont prises par les fabricants, indique-t-il, mais c’est vrai qu’il y a des amateurs, spécialement en Asie » où sont produits la majorité des systèmes d’éclairage.

Le secteur mène d’ailleurs des expérimentations sur des matériaux alternatifs, moins dangereux et moins polluants, tel que l’oxyde de zinc. Ces solutions ne seront cependant pas au point avant plusieurs années. En attendant, les industriels utilisent des métaux rares qui ne sont pas aisément récupérés au recyclage.

Etape 4 : penser à la récupération
Soumises à la directive européenne sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (D3E), les ampoules à diodes doivent elles aussi être retraitées. « La collecte est organisée par la même filière que les lampes fluocompactes avec une écocontribution de 0,18 centime incluse dans le prix d’achat. Mais, à ce jour, les LED ne représentent qu’une infime partie des volumes récupérés, à peine quelques centaines de kilos en 2008 sur un total de 4?000 tonnes de lampes récoltées », détaille Anne Esnault, de Récylum, l’éco-organisme agréé pour l’élimination des lampes usagées. Normal, car les ampoules à LED, disponibles dans le commerce seulement depuis deux ou trois ans, ne sont pas encore grillées. Et si elles brillaient les 50?000 heures promises par les fabricants, on ne les verrait pas dans un bac de collecte avant cinquante ans (pour trois heures d’activité par jour en moyenne).

Mais à vrai dire, dans le cycle de vie, les phases de recyclage et de production additionnées ne représentent que 15?% de l’impact environnemental des LED, selon Georges Zissis. « En réalité, 90?% de l’énergie consommée par les lampes, tous types confondus, l’est pendant leur utilisation », explique-t-il. Alors, pour faire des économies d’énergie, le meilleur moyen est encore d’éteindre la lumière.

Source : terra-economica.info


L'association française de l'éclairage
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Du charbon vert pour réchauffer l’Afrique
Le charbon de bois a tout de l’ennemi à abattre : polluant, cher et encourageant la déforestation. L’ingénieur Guy Reinaud a trouvé la parade dans les résidus végétaux.

Un peu plus de 30% de leurs revenus, voilà ce qu’il en coûte aux Français pour se nourrir et se loger. Au Sénégal, cette part de budget est consacrée à l’achat du charbon de bois, une source d’énergie aujourd’hui incontournable en Afrique, notamment pour la cuisson des aliments. Or, son prix flambe car il se raréfie. Ainsi, la forêt qui se trouvait, il y a trente ans, à une trentaine de kilomètres de Dakar ne s’atteint désormais qu’au bout de 550 km. Le déboisement lié à l’usage du charbon est tel que, dans les zones rurales, les femmes doivent souvent parcourir plus d’une dizaine de kilomètres par jour pour en dénicher.

Ce constat a poussé Guy Reinaud, un centralien de 68 ans, à développer le « charbon vert ». A la base de cette source d’énergie : des résidus agricoles, comme les balles de riz, les pailles de blé, les tiges de coton, les coques de café, les roseaux, les bambous… Ces végétaux sont transformés en un charbon (lire ci-dessous) qui peut être, sous forme de boulets ou de briquettes, vendu comme un substitut au charbon de bois et pour un prix deux fois inférieur. L’idée a germé il y a environ quatorze ans dans l’esprit de Guy Reinaud, le président de Pro-Natura International (PNI), une association née au Brésil en 1985, avant de se développer au niveau mondial à partir de 1992.

Des milliers d’usines
Il a fallu treize ans pour que le projet trouve des débouchés concrets. Mais depuis fin 2007, le charbon vert est en production dans la région de Saint-Louis, au Sénégal, et bénéficie déjà à plus de 20?000 personnes. Une autre usine est en phase de démarrage en Afrique du Sud. Une troisième sera implantée au Mali dans les mois à venir. « Nous en prévoyons une dizaine d’ici un an, annonce Guy Reinaud. Une centaine dans deux ans et quelques milliers dans cinq ans. » Pour aborder cette phase industrielle, une entreprise, Charbon Vert International, devrait bientôt être créée. « Les premières machines ont été financées par du mécénat, explique Guy Reinaud, mais comme le charbon vert s’annonce comme une activité rentable, cela attire des investisseurs. » Des études sont ainsi en cours en Chine, en Inde et au Brésil.

Zéro méthane
Si le charbon vert est aussi noir que son cousin obtenu à partir du bois, il mérite néanmoins sa dénomination verte. D’une part, parce qu’il porte l’espoir d’une facture nettement moins élevée pour les foyers démunis. D’autre part, parce que son adoption mettrait un frein à l’alarmant engrenage de la déforestation. « Or, les forêts tropicales abritent 80?% de la biodiversité terrestre », rappelle Guy Reinaud. Mais ce n’est pas tout : ces arbres épargnés pourraient continuer à jouer leur rôle dans l’absorption des émissions de CO2. De plus, la récupération des résidus pour la production de charbon vert éviterait qu’ils soient brûlés en plein air et dégagent des gaz à effet de serre supplémentaires.

Enfin, contrairement à la production de charbon de bois, celle du charbon vert ne rejette pas de méthane, ce gaz dont l’effet réchauffant est 21 fois plus nocif que celui du CO2. Chez PNI, on a fait les comptes : pour chaque tonne de charbon vert produite à la place d’une tonne de charbon de bois, 11,6 tonnes de gaz à effet de serre sont évitées. La nouvelle a aussi de quoi réjouir les industriels, car ces non-émissions peuvent se monnayer sous forme de crédits carbone.

Piège à carbone ?
Enfin, PNI voit un débouché pour le charbon vert dans l’utilisation du « biochar », cette technique qui consiste à mêler du charbon de bois à la terre pour la rendre plus fertile. Les défenseurs du biochar arguent que les sols qui en sont nourris peuvent piéger le carbone et donc contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Pourquoi utiliser du charbon de bois si l’on peut choisir du charbon vert ? », se dit-on chez PNI. L’association va donc lancer un programme d’expérimentation. Histoire d’enraciner ce charbon alternatif dans l’avenir.

LA ROUTE VERS LA BRIQUETTE
Pour fabriquer du charbon vert, on récupère des déchets végétaux qu’on carbonise dans un récipient appelé « cornue » porté à très haute température (550°?C). Les gaz qui s’échappent lors de ce processus sont récupérés, recyclés et brûlés. Ils permettent ainsi de chauffer la cornue en continu tout en évitant l’émission de gaz à effet de serre. Réduite en charbon, la matière peut ensuite être agglomérée et vendue sous forme de briquettes ou de boulets.

Source : terra-economica.info



Biotechnologies : questions à Catherine Bréchignac
Mercredi 22 avril, Jean-Louis Borloo a présenté le Haut conseil des biotechnologies instauré par la loi OGM du 22 mai 2008. Il sera présidée par Catherine Bréchignac, physicienne et présidente du CNRS.

Après des mois de controverse, le Haut conseil des biotechnologies (HCB) vient enfin d’être présenté par le ministère de l’écologie. Il aura pour difficile mission d’éclairer les politiques sur des questions très polémiques, à commencer par celle des OGM. A la différence d’instances précédentes, il est composé de deux comités : un comité scientifique pluridisciplinaire afin que les spécialistes de biologie moléculaire ne soient pas surreprésentés, et un comité économique, éthique et social, composés de représentants d’ONG, d’organisations de défense des consommateurs, des filières agricoles et des semenciers, de l’industrie pharmaceutique, des collectivités locales et de parlementaires. C’est Catherine Bréchignac, 62 ans, physicienne reconnue et présidente du CNRS qui dirigera cette nouvelle instance.

- Vous avez été choisie pour diriger ce Haut conseil sur les biotechnologies, notamment parce que vous n’êtes pas une biologiste moléculaire et que vous êtes n’avez jamais pris position sur les OGM. Cela signifie-t-il que vous resterez neutre sur cette question polémique ?

"Je m’exprimerai, mais jamais en tant qu’expert. Mon domaine à moi, ce ne sont pas les OGM mais les nanotechnologies. Il y a une différence entre scientifique et expert. En tant que scientifique, je peux examiner une question qui n’est pas de mon domaine, mais je ne donnerai pas d’avis en tant d’expert. Tout l’intérêt de ce Haut conseil est justement qu’il n’est pas uniquement composé d’experts des biotechnologies et surtout pas que de scientifiques mais aussi d’un comité socio-économique. C’est un sujet pour lequel le côté rigoureux de la science est aussi important que l’acception citoyenne. Séparer ces deux aspects dans deux comités est original. Le sujet des biotechnologies est important et c’est en tant que citoyenne que j’ai acceptée de prendre cette présidence. Évidemment, je suis consciente que cette tâche sera difficile, mais diriger le CNRS n’est pas facile non plus !"

- Quel sera le premier ordre du jour du Haut conseil ?

"Nous n’avons pas encore de calendrier. Nous prendrons d’abord les sujets en attente. A commencer par la définition du "avec ou sans OGM". Mais la question des biotechnologies est bien plus vaste que celle des OGM. Nous devrons aussi examiner des questions concernant l’écotoxicologie, l’épidémiologie, l’écologie microbienne, les cellules souches, etc., toutes ces technologies qui se développent aujourd’hui. Et nous essaierons d’anticiper les problèmes qu’elles pourront poser."

- Le développement des biotechnologies est très rapide. Votre mission est de l’encadrer. Quels seront les délais du HCB pour rendre ses avis ?

"Les délais dépendront de l’avancée des connaissances sur les sujets. Ce sera un temps très rapide lorsqu’on nous pourrons piocher dans un réservoir de connaissances. Mais quand nous n’aurons pas les connaissances nécessaires, il faudra prendre le temps de les acquérir et encourager les scientifiques à travailler très vite. Mais, vous savez, parfois, il nous faudra prendre le risque de ne pas rejeter une technologie que nous nous comprenons pas complètement, exactement comme Pasteur l’a fait avec les vaccins. Et c’est là que le comité socio-économique a toute son importance, parce qu’il s’agit de définir si la société est prête à accepter ce risque."

- Les membres du Haut conseil ont la possibilité de s’exprimer librement et ceci dans un objectif de transparence. Cela ne risque-t-il pas de rendre très compliqué la tâche du HCB ? N’aurait-il pas mieux valu rendre les séances totalement publiques pour lui donner une totale transparence ?

"Il s’agit un travail scientifique. Et dans les travaux scientifiques, l’examen des faits, des expériences aboutit à une conclusion. Donc je ne pense pas que la libre expression de nos membres entrave notre travail. Rendre totalement publiques les séances de travail serait le moyen de transparence le plus total, d’accord. En revanche, cela compliquerait fortement les choses. C’est comme pour un écrivain. Il ne vous donnera pas un écrit tant que sa pensée n’est pas totalement définie. Dans un conseil, il est important de laisser aux gens le temps de faire progresser leur pensée avant qu’ils ne rendent public leur avis."

Source : planete-terra.fr



Perenco déloge des Indiens isolés d’Amazonie
Perenco, groupe pétrolier franco-britannique, vient d’obtenir le feu vert du gouvernement péruvien pour installer sept plateformes pétrolières et 14 puits dans le nord-ouest du pays. Une exploitation qui pourrait doubler la production nationale de pétrole. Mais la présence de tribus indigènes isolées et la cessation des activités de la firme dans l’Equateur voisin pourraient entraver ce projet.
Les temps sont rudes pour Perenco. Le groupe pétrolier franco-britannique se retrouve depuis peu à couvrir deux fronts, de part et d’autre de la frontière Pérou-Equateur. D’un côté, les associations de défense des peuples indigènes tentent tant bien que mal d’entraver son projet d’exploitation du « bloc 67 », région du nord-ouest péruvien, riche en pétrole. De l’autre, le gouvernement équatorien vient de suspendre les activités de la firme, pour satisfaire aux exigences de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP). Décision que les ONG péruviennes espèrent bien voir inspirer leur propre gouvernement.

Des indiens isolés menacés par l’implantation de la firme

Début janvier 2009, le gouvernement a en effet donné le feu vert à Perenco, pour exploiter les gisements de pétrole les plus abondants découverts ces trente dernières années, sur la zone du « bloc 67 ». Les ressources potentielles estimées avoisinent les 300 millions de barils, que le groupe entend donc forer dès 2011, à raison de 100 000 barils par jour. Pour ce faire, Perenco prévoit la construction de 14 puits, gérés par plus de 1500 ouvriers. Un projet dont les investissements sont actuellement estimés à 1,5 milliard de dollars.

Si cette implantation satisfait le président péruvien, Alan Garcia, qui souhaite voir le pétrole transformer l’économie nationale, elle inquiète en revanche les défenseurs des droits des peuples indigènes, qui anticipent les conséquences désastreuses que pourrait générer la rencontre entre ouvriers de Perenco et Indiens. Ces derniers n’étant pas immunisés contre nos virus (notamment ceux de la grippe ou de la rougeole), le contact avec des « hommes blancs » leur serait probablement fatal. C’est ainsi, par exemple, que la moitié des Nahuas d’Amazonie péruvienne sont décédés à la fin des années quatre-vingt, suite à la propagation de maladies infectieuses véhiculées par les exploitants forestiers. Et bien que Perenco affirme dans son étude de faisabilité qu’il n’y a « aucune communauté indigène dans la zone d’activité du bloc 67 », l’Association interethnique de développement de la forêt amazonienne (Aidesep), assure de la présence d’au moins une tribu sur ces terres. Cette dernière a donc fait appel auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, pour enrayer les projets du pétrolier. Mais le processus est long. D’autant que Perenco s’appuie sur une loi péruvienne qui autorise l’exploitation économique « des terres appartenant à l’Etat et aux communautés paysannes et indigènes ». L’ONG Survival International rapporte par ailleurs que son équipe londonienne a envoyé un courrier aux dirigeants de Perenco en avril 2008, pour engager des négociations, et attend toujours la réponse. Quant à Perenco France, l’équipe hexagonale refuse toute communication sur le sujet, renvoyant la balle à aux collègues péruviens.

L’Equateur interrompt l’activité de Perenco

Une petite lueur d’espoir anime cependant les ONG. Une fois n’est pas coutume, elle provient des dernières décisions imposées par l’OPEP à ces treize pays membres. A la mi-décembre 2008, lors de sa 151ème conférence, le « cartel du pétrole » avait en effet décrété une réduction de sa production à hauteur de 4,3 millions de barils par jours (mbj), par rapport aux rendements de septembre 2008 (plus de 29 mbj). Cette opération visait à écouler les stocks et à stabiliser le prix du baril, en chute libre depuis l’été 2008. Et pour cause : après avoir atteint des sommets en juillet, dépassant les 141 dollars, il atteignait péniblement les 38 dollars le 12 janvier dernier.
Pour satisfaire aux exigences de l’OPEP, mais également parce que l’exploitation des gisements devenait trop coûteuse (leurs rentabilités n’assurant plus la couverture des investissements), l’Equateur a annoncé au début du mois l’arrêt des activités de Perenco et de l’italien Agip Oil. Et fait savoir, ce mercredi 21 janvier, que les négociations avec Perenco devenant trop difficiles, le contrat qui lie l’Etat à l’entreprise serait prochainement rompu. Le « petit » de l’OPEP semble bien déterminé à reprendre en main les stratégies d’exploitation pétrolière de son territoire, et visant une réduction de la production journalière d’environ 70 000 barils, sacrifie donc deux têtes.

Bien que le Pérou n’appartienne pas à l’OPEP, Survival International espère que la décision du voisin équatorien influencera le gouvernement péruvien. D’autant que l’Agence Internationale de l’Energie prévoit pour 2009 une forte baisse de la demande mondiale de pétrole.

Source : novethic.fr



Monoprix plébiscite le fret ferroviaire
Monoprix a inauguré fin 2007 une ligne de fret entre ses entrepôts de Seine et Marne et une halle du quartier de Bercy, à Paris. Près d’un an et demi après l’arrivée du premier train, le bilan écologique est plutôt positif et le groupe espère étendre l’expérience.
Pour réduire la circulation des camions en Ile-de-France, la Direction régionale de l’équipement (DRE) formula l’idée de tester le fret ferroviaire en périphérie de Paris. La DRE a sollicité Monoprix pour participer au projet, dès 2004. « Au début, on rigole un peu : utiliser le train pour des trajets de moins de 500 km paraissait absurde » se souvient Claude Samson, directeur de Samada, filiale logistique de Monoprix. Le groupe tentera pourtant l’expérience. L’année suivante, une étude de faisabilité de six mois est réalisée et financée par la Mairie de Paris, la Région Ile-de-France et Réseau ferré de France. Le feu vert est donné.

Samada et Monoprix mettent en application le projet, avec l’aide d’un cabinet spécialisé dans la logistique en zone urbaine dense, Elcimaï. En 2006, le groupe lance un appel d’offre auprès des opérateurs ferroviaires. Il sera remporté et signé en juillet 2007 par Fret SNCF, qui sous-traite la prestation à sa filiale VFLI. Le 28 novembre 2007, le premier train de marchandises en provenance des entrepôts de Monoprix fait son arrivée à la halle Gabriel-Lamé de Paris (12e). Aujourd’hui, 20 wagons y arrivent chaque jour.

Des marchandises sur les rails du RER D

Concrètement, une ligne de fret relie aujourd’hui les entrepôts Monoprix de Combs-la-Ville et Lieusaint (77) – qui bénéficient par ailleurs du label de Haute qualité environnementale (HQE) – à la halle de Bercy. Elle emprunte les rails de la ligne de RER D sur 30 km, du dimanche au jeudi, uniquement aux heures creuses, c’est-à-dire la nuit. « Le problème reste le bruit pour les riverains, malgré les aménagements déjà réalisés. Nous y travaillons avec les mairies » soutient Claude Samson. Au final, près de 210000 palettes (soit 120000 tonnes de produits) prennent le train tous les ans pour arriver à Paris.

A partir de la halle Gabriel-Lamé, l’approvisionnement des 85 magasins de Paris et de la proche banlieue Sud-Est est effectué par 26 camions roulant au Gaz naturel pour véhicule (GNV) et équipés de dispositifs antibruit. « On a fait en sorte de changer le moins possible le mode de fonctionnement de l’approvisionnement, ni au niveau de l’entrepôt, ni à celui du magasin » explique Claude Samada. Depuis 2006, Monoprix privilégie déjà le fluvial pour les produits provenant de l’extérieur de l’Union européenne : environ 80% des marchandises qui arrivent au Havre remontent la Seine, jusqu’aux entrepôts de Seine et Marne. Un procédé qui permet à Monoprix d’économiser 4% du coût du transport, par rapport à la route.

Coûteux mais écologique

Selon une estimation de départ, le projet devait permettre à Monoprix de réduire de 75% les émissions de CO2 liées à l’approvisionnement des magasins parisiens. 15 mois après l’inauguration du concept, les économies réalisées sont moins impressionnantes que prévu : le passage du 100% route à un mix rail-route a permis de réduire de 25% les émissions de dioxyde de carbone. Le transport émet aussi 7 fois moins de monoxyde de carbone (CO), 2 fois moins d’oxydes d’azote (NOx) et 16 fois moins de particules. « Ce nouveau mode d’approvisionnement permet d’éviter chaque année le passage de 12000 camions en heure de pointe au cœur de Paris » justifie Claude Samson. Un bilan très intéressant, surtout lorsqu’on y ajoute les 110 tonnes de CO2 économisées grâce au transport fluvial, et les 33% de CO2 en moins émis par les véhicules roulant au GNV par rapport aux camions classiques.

Pour monter un tel projet, tous les protagonistes ont dû contribuer financièrement. La ville de Paris a investi 10 millions d’euros dans la remise en service de la halle Gabriel-Lamé, dans le quartier de Bercy. Si la communication de Monoprix reste muette sur l’investissement du groupe dans ce projet, elle avoue que la manœuvre a entrainé près de 30% de surcoût. « A cause de la rupture de charge » précise Claude Samson. L’entreprise parle plutôt d’ « investissement » que de surcoût, car Monoprix y gagne nettement en image de marque. « Les contraintes pour livrer en ville vont aller en se durcissant. Les distributeurs vont se battre pour avoir des accès faciles aux grandes villes. Nous, nous avons déjà récupéré une zone de chargement à Bercy » justifie Claude Samson.

Un mode de transport amené à se répandre ?

Monoprix espère déjà élargir cette opération à la banlieue parisienne. Le groupe occupe 3700 m² des 10000 m² de la halle de fret de Bercy, mais « nous regrettons déjà d’avoir choisi la plus petite des deux cellules de la halle, car l’opération est victime de son succès » s’enthousiasme Claude Samson. La Ville de Paris a par ailleurs cinq autres projets de plates-formes logistiques (dans les 1er, 5e, 9e, 10e et 15e arrondissements), afin de reproduire l’expérience du transport ferré des marchandises. D’autres grandes villes françaises seraient également tentées par un tel projet, sans concrétisation pour l’instant.

Pourtant, le doute subsiste encore quant à la possibilité d’élargir ce principe à tout type de marchandise. Pour l’instant, seuls deux sortes d’articles sont transportés par cette chaine rail-route : les produits volumineux (non alimentaires) et pondéreux (boissons sans alcool). Autrement dit, les produits non périssables. Quid des aliments à conserver au froid ? A quand des wagons frigorifiques sur les rails du RER D ? Ces questions n’empêchent pas Claude Samson d’être visionnaire : « j’étudie à présent l’utilisation du métro pour approvisionner les magasins de Paris ».

Source : novethic.fr


Bananes : batailles autour de l’or jaune
Je suis le fruit le plus produit et le plus exporté au monde. Je suis dégusté à raison de 8 kg par an et par Français. Entre les Antilles françaises, ma patrie de culture, et Dunkerque, mon port d’arrivée, je fais vivre 10 000 personnes. Je vous embarque dans une vie de banane.

Tout commence par un souffle d’air chaud et humide. Vous pénétrez dans les entrailles de Petite-Rivière. Encore quelques mètres à fouler sur ce sol martiniquais et vous parvenez au point de départ de mon histoire. Moi, la banane martiniquaise.

Il faut d’abord aller saluer ma famille d’adoption, car ce sont eux qui tiennent l’exploitation. Je vous présente Liliane Ely-Marius et son compagnon Taupin Edouard. C’est un couple de petits planteurs. Mon berceau s’étend sur 3,5 hectares, sur les flancs d’une « cuvette verte » de la commune du Lamentin, dans le centre de l’île. Liliane et Taupin me cultivent ici depuis une dizaine d’années, quand Liliane a repris l’exploitation familiale. « Mon père prenait sa retraite, j’ai dit oui tout de suite », se souvient-elle. Leur maison, un pavillon coiffé de feuilles de tôle rouges et blanches, est nichée sur un morne, où poussent choux, piments et laitues pour la consommation de la famille. Mais je ne suis pas jalouse.



Dès son arrivée, le visiteur est alerté par un large écriteau qui trône au-dessus d’un hangar et qui rappelle qu’ici tout gravite autour de moi : « La banane de Martinique, rien ne peut la battre. » Normal. Je suis le fruit le plus produit au monde, avec 115 millions de tonnes par an. Le plus exporté, aussi : 16 millions de tonnes. En Martinique et en Guadeloupe, 709 planteurs vivent de ma production et 10 000 emplois directs ou indirects découlent de mon commerce. Un musée, et même une fête communale, une fois par an, au Lorrain, plein nord, me sont consacrés. Certains m’ont même affublé d’un surnom : « l’or jaune ».

1/ Petit plant deviendra grand

Si le marché où l’on m’échange est gigantesque, mon existence, en revanche, commence à l’état microscopique. A mes premiers jours, je ne suis en effet qu’un tout petit plant : un « vitroplant » issu d’une semence fabriquée en laboratoire en métropole, dans l’Hérault. Je grimpe ensuite dans l’avion, cap sur les Antilles. Là-bas, à 8 000 km des éprouvettes, me voilà couvée sous serre, l’espace de trois mois. Ce n’est qu’à l’issue de ce court sevrage que, mesurant quelques centimètres, je suis réellement mise en terre, chez le producteur.

A Petite Rivière, il n’y a pas besoin d’irrigation. Le taux d’humidité naturel est de 80 %. En revanche, dossier les 5 250 pieds de banane que compte l’exploitation sont nourris à l’engrais : 100 g par bananier tous les mois. Les producteurs ont réduit de 60 % l’utilisation des pesticides entre 1996 et 2006. Mais le « zéro phyto » n’est toujours pas d’actualité. Ici au Lamentin, 2,5 litres de désherbant dilués dans un fût de 200 litres sont épandus sur les parcelles. En moyenne, 7 kg de pesticides sont utilisés par récolte. « C’est dix fois plus au Costa Rica », se défend Eric de Lucy, président de l’Union des groupements de producteurs de banane de Guadeloupe et de Martinique (lire aussi pages 30-31). Une gouaille légendaire fait de lui le porte-voix des planteurs antillais, depuis la fusion des groupements des deux îles rivales, en 2003.

Deux mois plus tard, me voici transformée en jeune pousse. Au cinquième mois, les premières fleurs pointent leurs pétales. Je prends forme, une forme allongée. Je grossis, à l’ombre d’un film plastique bleu, pour éviter les échanges gazeux et les attaques diverses. Je suis encore verte. Puis vient, trois mois après la floraison, le moment de mon émancipation, celui de la coupe.


2/ La récolte, instant clé

D’un geste ferme et précis, Taupin abat son coutelas sur le haut du régime. D’un coup, 30 kg de bananes – 40 à 60 fruits – tombent sur l’épaule de Paul, un employé de l’exploitation, originaire de Sainte-Lucie, l’île anglophone voisine. C’est lui qui nous transporte jusqu’au hangar.

Debout, mais à l’abri du soleil, Liliane nous lave, nous trie, nous découpe, et nous rince. « Cela fait dix ans que nous n’avons pas pris de vacances, explique t-elle. La banane nous fait vivre. Mais il y a des hauts et des bas. Il y a des semaines où sur 3 000 euros de bananes vendues, on ne touche que 1 500 euros. » Dans un grand bac d’eau salée, on nous passe au peigne fin : les plus jolies d’entre nous, celles qui ne comportent aucune tache noire, sont entreposées dans les cartons de la gamme « planteur », la plus prestigieuse. Les autres, dans les boîtes « premier prix ».

Les cartons sont conçus pour accueillir 20 kg de bananes. « Trop, c’est une perte pour le planteur, pas assez, et ce n’est pas réglementaire », poursuit Bernard Baratiny, responsable technique à Banamart.


3/ Cap sur la métropole

Tous les mercredis, Liliane va livrer sa production dans l’une des trois plateformes « d’empotage » construites par les producteurs. Ce hangar, qui emploie trois personnes, est l’ultime étape avant le départ pour le port. Les cartons de bananes sont placés sur des palettes, elles-mêmes disposées au fond de conteneurs réfrigérés. « A l’intérieur de ces conteneurs, et des cartons, la température est maintenue à 13°C, pour ralentir la maturation », explique David Dural, directeur du service agrotechnique de la plateforme d’empotage.

La clé de la filière banane repose sur le principe de « juste mesure ». Un observateur fait cette remarque : « Le calibre des bananes est arrêté pour convenir à des cartons types. La taille de ces cartons est conçue pour que ceux-ci soient empilés sur des palettes, qui sont elles-mêmes étudiées pour être stockées dans des conteneurs. Lesquels sont fabriqués à la taille des porte-conteneurs ! » Le moindre écart, et toute une chaîne déraille.



C’est au port de la capitale, Fort-de-France, que l’on retrouve les bananes de Petite-Rivière. Chaque semaine, les 250 cartons de Liliane et de Taupin débarquent par conteneurs, avec ceux des autres planteurs martiniquais. Nous passons la nuit à la belle étoile, toujours à 13°C. Le lendemain matin, nos conteneurs sont chargés, avec précaution, par des « cavaliers », en cale et sur le pont du bateau. Ce jeudi-là, le Fort Saint-Pierre, l’un des quatre porte-conteneurs de la Compagnie maritime d’affrètement CGM qui transportent les bananes antillaises jusqu’à la métropole, charge sa cargaison.

Avec ses 197 m de long, ce géant est taillé pour accueillir 2 260 conteneurs de 10 à 20 tonnes chacun. Il quitte la Martinique le vendredi avec la production antillaise de bananes d’une semaine entière.

4/ L’arrivée à Dunkerque


Après dix jours de mer, le Fort Saint-Pierre et son commandant Didier Beuzit, un Morlaisien de 54 ans, aperçoivent enfin Dunkerque, port d’attache de la banane antillaise. Chaque année, 400 000 tonnes de banane antillaise débarquent ici. A 10 heures, les dockers commencent le déchargement des conteneurs. Ce jour-là, des dizaines de palettes sont transportées jusqu’à l’entrepôt Banalliance, l’une des deux entreprises spécialisées dans la banane, situé route des Caraïbes. A notre arrivée et avant de repartir, notre température (13° C) est vérifiée. A 6 000 km de Fortde- France, le cahier des charges est identique. Nous sommes triées, palpées, scrutées. Trop molles ou trop jaunes ? Et nous sommes immédiatement mises à l’écart, pour ensuite être détruites.

Bras robotisés. Dans son entrepôt de 4 800m2, Banalliance accueille les bananes de 180 producteurs de Martinique, de Guadeloupe et du Surinam. 50 000 tonnes à l’année. A ce rythme, bien qu’inférieur à celui de Dunfresh – le concurrent –, « tout est motorisé », précise Jérôme Dupont, responsable logistique. Les bananes prêtes à partir sont manipulées par des bras robotisés, « les mêmes que chez Renault ».

Nous patientons sur des palettes de quelques heures à deux jours, en fonction de la destination et de la demande du client. C’est l’arrivée du camion 22 tonnes qui donne le top départ d’une autre partie du voyage. Le poids-lourd prend la direction du marché de Rungis, au sud de Paris. C’est là que je subis un traitement de choc.



5/ Le réveil à 18° C

Je me réveille un lundi matin dans une chambre de l’entreprise Fruidor. Cette mûrisserie française, rachetée fin 2008 par les producteurs antillais pour 48 millions d’euros, s’anime dès 6 heures. De l’autre côté de l’Atlantique, la Martinique dort encore. Agents de maîtrise, ouvriers, techniciens : une quarantaine d’employés dorlote les 36 000 tonnes de bananes qui débarquent de Martinique, Guadeloupe, Colombie ou République dominicaine. Fruidor se porte bien : avec six autres établissements en France, il réalise un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros. Même si un employé lâche qu’avec le Cyclone Dean, en août 2007, qui avait mis à terre 70 % de la production de Guadeloupe et 100 % de celle de Martinique, il y a eu « des périodes difficiles ».

Un souffle de gaz.C’est dans cet entrepôt de 3 700 m2, que se joue une étape clé de mon existence. La température ambiante passe à 18° C. C’est la phase de « réveil ». De l’éthylène, un gaz naturel, est insufflé par des turbines. L’opération m’est indolore. Mais elle provoque une réaction biochimique qui transforme l’amidon en sucre : c’est l’hydrolyse. Je deviens toute jaune. « Notre objectif est de maîtriser le temps », explique Yann Berrou, directeur du site. Au total, je vais rester mûrir pendant cinq à six jours. C’est ma couleur qui va déterminer le jour de mon départ.

Enfin, on me donne un prix. La tendance du marché est fixée par Aldi, hard-discounter allemand tellement puissant que son prix est devenu le mètreétalon des professionnels. Au final, nous sommes passées entre les mains de 70 à 90 personnes : planteurs, ouvriers, techniciens qualité, dockers, mûrisseur. Au bout de ce voyage, au supermarché, nous sommes vendues 1,50 euro le kilo, en moyenne. Tandis qu’à 6 000 km de là, d’autres bananes poussent déjà sur les flancs de Petite Rivière.


Le Mékong, Noé du XXIe siècle
Après avoir révélé la découverte de plus de 1000 nouvelles espèces animales et végétales dans le Delta du Mékong en dix ans, le Fonds mondial pour la Nature (WWF) annonce avoir répertorié 24 autres nouvelles espèces sur la portion cambodgienne du fleuve, dont une plante inconnue, nichée dans le dernier bastion des Khmers rouges.

La sombre liste des espèces animales et végétales menacées n’en finit pas de s’allonger, préviennent les lanceurs d’alerte, même si certaines tirent leur épingle du jeu, tels les éléphants africains. En 2008, elles étaient 16 982 à frôler l’hécatombe, parmi lesquelles l’ours, le gorille ou le thon rouge, contre 10 000 en 1996, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Mais malgré la roue sans pitié de l’évolution, la nature nous réserve encore quelques jolies surprises, n’en déplaise aux Cassandre. C’est le cas notamment dans la région tropicale du puissant fleuve Mékong, connu pour sa biodiversité, qui arrose tour à tour sur 4500km Chine, Birmanie, Laos, Cambodge, Thaïlande et Vietnam. Entre 1997 et 2007, selon un rapport du WWF sorti mi-décembre, plus de 1000 espèces ont été découvertes dans la région, ce qui équivaut à un rythme de deux nouvelles par semaine pendant dix ans ! Parmi les perles jugées auparavant improbables dans cette zone d’Asie du sud, figure la plus grande araignée chasseuse du monde, juchée sur 30 cm de pattes, ou ce rat des montagnes du Laos, disparu il y a 11 millions d’années et retrouvé par hasard au beau milieu d’un marché local.



Par-delà les vedettes susmentionnées, les scientifiques ont dressé leur propre inventaire à la Prévert : 519 plantes, 279 poissons, 22 serpents, 88 grenouilles, 88 araignées, et... un crapaud en unique exemplaire. Cette richesse s’explique à la fois par l’immensité de l’ensemble naturel considéré, mais aussi par une longue "mise sous cloche" géographique sous la terreur khmère rouge, puis sous la guerre civile.

Grand Mékong

Comme si ces découvertes ne suffisaient pas, une étude du 15 janvier, réalisée en partenariat entre l’état cambodgien et WWF, estime à 24 le nombre d’espèces découvertes sur la partie cambodgienne du fleuve Mékong.

Ainsi la tortue géante Cantor, l’une des espèces de tortue d’eau douce les plus rares au monde, a-t-elle été retrouvée dans cette zone. De même que l’Amorphophallus (arum titan), surnommée plante "cadavre" parce qu’elle dégage une odeur de chair pourrie. Une zone attire particulièrement l’attention dans cette étude : il s’agit de la "section centrale", longtemps vierge de toute activité humaine. Située au nord-est du Cambodge, elle borde le fleuve sur 55km, et concentre à elle seule une richesse naturelle inégalable, dont 36 espèces menacées.

Pourtant, cette région est peu à peu rattrapée par un développement économique frénétique et commence elle aussi à être envahie par l’homme. A la clé : constructions de routes en dehors de toute considération environnementale, chasse et pêche à outrance, braconnage, déforestation. Sans compter l’arrivée de barrages, risque majeur pour l’écosystème.

Source : planete-terra.fr

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